Peut-on se lasser du générique des Sopranos ?

C’est sûr, un bon générique ça ne fait pas tout, mais c’est comme les cartes de visites, quitte à en avoir une, autant qu’elle ait de la gueule. Générique dit aussi médicament (huf huf), mais surtout musique. Pas mal de séries cultes ont justement leurs musiques cultes : Mac Gyver, Dallas, Amicalement Vôtre, L’Agence tout Risques, etc... On connaît tous ces thèmes par cœur, mais posons les vraies questions : qu’est-ce qui fait un bon générique ?

Et bien, à mon avis, c’est un générique qui nous fait plaisir, même lorsqu’on le voit pour la énième fois. Et dans cette catégorie "inlassable", je donne la palme à celui des Sopranos.

C’est le moment de me confier un peu : lorsque j’étais à fond dans cette série, il m’arrivait, le matin par exemple, de mettre un épisode juste pour mater et entendre le générique avant d’aller bosser. Pour dire comme je l’aime ce truc hein…

You woke up this morning
Got yourself a gun
Mama always said you’d be
The Chosen One.

She said: You’re one in a million
You’ve got to burn to shine
But you were born under a bad sign
With a blue moon in your eyes.

Je parlais musique plus haut, celle des Sopranos est excellente. Le titre, c’est "Woke Up This Morning", ça vient d’un groupe nommé Alabama 3 qui, à ce jour, n’a pas encore fait grand chose. Groove rocailleux, musique de mouvement entraînante, genre il est temps de se mettre aux affaires.

Les images défilent, s’entrecoupent avec rythme : la route, les grattes ciels, les panneaux de signalisation, New Jersey Turnpike, un ticket, un cigare qui s’allume, un avion passe, Tony main sur le volant, avale la ville avant qu’elle t’avale… Qu’est-ce qu’il est bon ce générique !

Il est tellement bon qu’au bout d’un moment, je me suis dit que ça ne tenait pas simplement à la bonne musique et à la bonne réalisation, non, il y a autre chose. Et un soir, en rentrant tard d’un bar à bière, j’ai compris…

En fait, ce n’est pas simplement un générique, c’est plus que ça, c’est un bonus track caché, un cadeau surprise bien emballé. Mais reprenons… La musique sous-entend une idée de matin, de quelqu’un qui, logiquement, se prépare à aller travailler. C’est renforcé par le fait que Tony Soprano est au volant de sa voiture.

On peut penser qu’il va au boulot. Mais non, au bout du compte, il rentre chez lui, et là, ça prend un tout autre sens. Il a peut-être effacé des gens pendant la nuit, passé du bon temps avec une fille, ou réglé une combine pour se faire de l’argent, quoiqu’il en soit la partie "boulot" devrait être derrière lui.

Faux, regardez la mine qu’il fait quand il claque la porte de sa caisse. Ce n’est pas quelqu’un qui est content de rentrer chez lui, content de pouvoir se reposer un peu. Non bien au contraire, et pourquoi ? Parce qu’au fond, que ça soit au sein de sa famille mafieuse, ou de sa famille "famille", il fait le même job, celui du Padre, qui doit arbitrer, décider, diriger…

Different places but the same shit

En fait, le générique nous le présente déjà dans toute sa détresse : un Sisyphe moderne prêt à craquer sous le poids de ses responsabilités et des angoisses qu’elles génèrent.

Je suis comme le Roi Midas, mais à l’inverse. Tout ce que je touche se transforme en merde.

OK, Tony, OK, mais tu sais comme le disait Sacha Distel :

J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie... Vient le beau temps et moi j'ai tout mon temps…