BRYAN BARBER - Idlewild

Idlewild, c’est la triste histoire d’un flop incompréhensible qui dans un monde parfait n'aurait pas dû exister. On pourrait croire que lorsqu’un groupe du calibre d’Outkast émet le souhait de se lancer dans le cinéma, les portes soient grandes ouvertes. Et bien non : budget et délai serrés, distribution calamiteuse. A croire que tout le monde s’en fiche ou presque. Au vu du film, c’est plus qu’injuste.

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1935, une bourgade de Géorgie : Idlewild. Un club, deux hommes : Percival (André 3000) et Rooster (Big Boi).

Percival mène difficilement une double vie : croque-mort au sein de l’entreprise familiale le jour, pianiste au club le soir. D’un côté, la pression familiale ; de l’autre, la musique, libératrice ; au centre, le temps qui penche tantôt vers le vie, tantôt vers la mort.

La peur du temps, la peur des horloges, quel est le coût de la vie ? Il reste peu de temps, je te veux maintenant. Je n’ai pas le temps, laisse-moi seul. Vous savez de quoi je parle ? La chronomentrophobie.

Son ami, Rooster, est lui aussi tiraillé entre 2 pôles : sa femme et ses enfants face au strass du show-business. Lorsque, par un concours de circonstances crapuleuses, il se retrouve à la tête du club, ses responsabilités vont se révéler dures à assumer.

Chaussures de crocodile aux pieds
Fourrure de renard sur le dos
Nœud papillon au cou
C'est pour ça qu'on m'appelle
Le mac en Cadillac

Chacun cherche son rôle sur la scène et dans les coulisses ; la vie est-elle un jeu ? Peut être pas, mais au fond ce qui importe c’est de jouer juste et avec du swing s'il vous plaît.

Esthétiquement, Idlewild est un film léché. Les passages musicaux sont superbes : du groove, des chorégraphies endiablées, des lumières et des décors à faire baver d'envie. Le choix de Bryan Barber à la réalisation a été plus que judicieux. Le bonhomme connaît bien Big Boi et Dre, il a réalisé leurs clips et il passe sans problème du court au long format.

Oui, la touche Outkast est définitivement à part : la moindre chose, même déjà vue ou entendue ailleurs, sonne différent, sonne Outkast : ce pont improbable entre tradition et innovation, entre héritage collectif et création personnelle.

Idlewild ne nourrit aucun rapport direct avec le rap. Outkast s’en éloigne une fois de plus en prenant comme cadre le rhythm & blues, mais là encore, ils contournent le sujet. Certes la musique est au centre du film, mais Bryan Barber regarde surtout derrière le rideau, derrière la musique, du côté des gens qui la font, qui vivent leurs histoires parallèles : leurs amours, leurs emmerdes, leurs vies de tout les jours, bien loin du fantasme que l’on peut s’en faire.

Comme dans leurs musiques, il n’y a ici aucune facilité, les genres se mélangent avec justesse ; on bascule avec bonheur dans leur univers à part, on bouge la tête, on est ébloui par la classe des costumes, ému par le sens de l’histoire. Outkast et la médiocrité, ça ne peut pas aller ensemble.

Ils ont choisi de faire un film original qui, bien qu’en apparence différent de tout ce qu’ils ont pu faire auparavant, leur ressemble parfaitement. Et comme d'habitude avec eux, une seule chose à dire et à espérer : vivement la suite.

Dieu ne fait pas d'erreurs.
L'eau coule sur le dos d'un canard.