CHARLES MINGUS - Moins qu'un Chien

Mingus présente Mingus : "en d’autres termes, il y a 3 hommes en moi. L’un d’eux occupe toujours le milieu : indifférent, impassible, il observe, il attend que les deux autres le laissent s’exprimer et leur dire ce qu’il voit. Le deuxième est comme un animal apeuré qui attaque de crainte d’être attaqué. Et puis il y a un homme doux et aimant, trop aimant, qui laisse autrui pénétrer jusque dans le saint des saints de son être, encaisse les insultes, fait confiance et signe les contrats sans les lire, se laisse convaincre de travailler au rabais ou gratis et qui, lorsqu’il s’aperçoit qu’on l’a possédé, a envie de tuer et de détruire tout ce qui l’entoure, y compris lui-même, pour se punir d’avoir été si stupide. Mais il ne s’y résout pas – et il retourne s’enfermer en lui même".

Parenthèses :: 1971 / 1985 :: acheter ce livre
Traduit de l'anglais par Jacques B. Hess

Certaines œuvres nous restent dans l’estomac plus longtemps que d'autres ; des œuvres qui nous touchent, nous remuent, qui font qu’après, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. Au fond, c’est ce que nous recherchons peut-être, même si entre temps une bonne digestion est recommandable.

Chez Mingus, bien entendu il y a les disques ; des disques extrêmes comme l'est sa musique. Un ami, en parlant de Monk disait fort justement : "il est sa musique". Poursuivons : Mingus est sa vie, et son équilibre est radical.

Une autobiographie étrange, où celui qui l’écrit met son âme totalement à nu plutôt que d’exposer de simples faits pour alimenter sa légende. Bien sûr, il y a l’histoire du contrebassiste, son enfance, la découverte du grand amour, sa poursuite d’existence. Il y a les anecdotes : ces 23 filles de joies mexicaines baisées en une nuit parce qu’il voulait mourir, et après cette nuit folle, il rentra chez lui et finit par se masturber seul, radicalement seul.

Toutefois ce qui domine ce livre, ce sont les sentiments : l’amour bien sûr : son grand amour, et puis les autres femmes qu’il rencontre : cette femme qui a mal lorsque son sexe la pénètre, cette autre qui se prostituera pour lui, et fera de sa femme de cœur et de chair, un double, une pute, une déesse putain…

Sentiments, sentiments toujours : la rage contre un système, contre l’oppression, ces gens qui ne comprennent rien à rien, la soif de vivre, libre, de choisir, de créer, d’aimer. Oui Mingus est entier, jusqu’à l’excès même, mais surtout, il est d’une sincérité rare.

La musique s’efface dans ses lignes; il en parle peu, en fait, elle est tellement collée à sa personnalité profonde, qu’on l’a sent partout, omniprésente. Mais ce livre est tellement plus que cela, plus qu’une autobiographie, plus qu’un récit de musicien, non tout cela est dépassé, surpassé.

Il y’a des couilles là dedans, un cœur qui bat, des yeux qui brillent, une bouche qui crache sa bile, des joues en larmes, de la vie comme s’il en pleuvait… Disons que c’est le genre de bouquin dont on se souvient longtemps après…

Je me demande si je ne pourrais pas hypnotiser toutes les prostituées du monde et les lancer nues dans les rues pour qu’elles violent tout les hommes ! Leur impureté envahira les palais de nos leaders, ces déments qui méditent la conquête et la destruction du monde, et dont les épouses sont aussi des femmes oubliées.

Je répandrai le phénomène dans tous les pays, j’éveillerai les femmes de Russie, de France, d’Allemagne, du Japon – elles seront si nombreuses que la police ne suffira à les arrêter, et même les auxiliaires féminines de la police se joindront à elles. Et quand mes femmes hypnotisées se jetteront sur les chefs d’Etat, les yeux du monde se dessilleront.

On saura qu’Hitler ne pouvait avoir une érection que porté par les Heil Hitler ! des foules ou de sa maîtresse, Eva, que Napoléon était un pédé et Mussolini un drogué, que Goering se défonçait à l’héroïne 24 heures sur 24, que les rois et les princes sont des pervers et des cocaïnomanes qui font arrêter les pauvres pour en avoir fait 10 fois moins qu’eux.

Il est temps de savoir ce que sont les leaders qui nous envoient à la mort pour pouvoir, eux, échapper à la vie. Putains, arrachez les vêtements de nos leaders dès aujourd’hui dans le monde entier ! S’ils se sauvent, portez les ciseaux à l’endroit où devraient se trouver leurs couilles ! Ce monde est malade, sauvez-le, ô inestimables putains !