CLINT EASTWOOD - Bird

L’extinction consumée d’un homme qui enflamme son instrument : ainsi pourrions-nous présenter la vie de ce jazzman que ses compères prenaient plaisir à appeler Bird ; l’oiseau qui voulait entrer en volant au cœur de la mélodie, la multiplier, la rejouer encore et encore, comme pour assujettir l’emprise qu’elle pouvait avoir sur lui. Bird, le film de Clint Eastwood l'illustre merveilleusement bien ; sujet difficile à traiter, et pourtant… Pourtant cette œuvre nous apparaît naturelle ; jazz naturel et naturel humain à la fois.

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Ne parlons pas de biographie ou de film documentaire, non Bird est avant tout le portrait d'un homme artiste qui, par fulgurances, héberge le génie. Comment vivre avec lui ? L’épouser ou s'en défaire ? Marcher avec le feu et ses éruptions... nous suivons Bird tout au long de sa flambante traversée ; la chronologie importe peu... Charlie Parker vole certes, parfois court les cachets, rencontre l'amour, joue une musique nouvelle ; be-bop, être libre... Il cherche la dope, et le temps brûle. Le revolver aux cheveux blancs, ses années dispersées, le chaos organisé.

Où se pose le phénix ? Vers quelle direction s'envole-t-il ? Nulle part peut-être, ou juste ailleurs, loin des souffrances, des douleurs, des humiliations... Atterrir ne serait-ce que pour un instant dans un nid douillet et apaisant. Sa vie se compose de désespoir blanc, de renaissance noire et des gris paradoxes qui dansent autour.

Film smoking, nœud pape, grande classe et finesse absolue. Eastwood l’aime ce musicien, cela se sent et se communique. Il filme Parker comme celui-ci avait coutume de jouer du sax : d'une manière ailée et gracieuse ; en évitant de créer une icône, d'en faire un martyr ou encore de l'exhiber tel un animal de foire.

Que dire des acteurs ? Forest Whitaker est merveilleux ; il campe Charlie Parker à la perfection, donne au rôle, nonchalance, élégance, tristesse et profondeur.

Les autres protagonistes ont également leur place au niveau du registre interprétation. Aucune fausse note dans ce voyage au cœur d’une autre musique, d'une autre Amérique : à mi-chemin du rêve, des cauchemars, des phantasmes et des désillusions.

Commentaires

1. Le vendredi 13 mars 2009, 22:46 par Christian

Il y a beaucoup à dire sur Bird. Et tout d'abord que j'adore ce film ! Et la musique de Bird également.

La musique justement : le procédé est unique. Clint Eastwood, assisté de Lennie Niehauss a isolé les soli de Charlie Parker, les a remixé, retravaillé, et a fait jouer des musiciens contemporains autour : Monty Alexander, Ray Brown et John Guerin notamment. Le résultat est fascinant et donne vraiment un son unique à ce film.

Après des années, il reste beaucoup de flashes de bird en mémoire. La cymbale de Joe Jones, le sourire de bird / Whittaker, Red Rodney qui chante le blues, la fête juive... et en point d'orgue cette discussion avec Dizzy Gillespie, le grand frère sage, au bord de la mer. Et ses mots :

« Au fond ça leur plaît qu’on ne puisse pas se fier à un nègre, pour eux c’est dans l’ordre des choses et je ne veux pas leur donner le plaisir d’avoir raison. Brother, je suis un réformateur, tu veux être un martyr : on se souvient plus longtemps des martyrs. Ils parleront tous de toi après ta mort, Bird. Plus que maintenant, ils t’écraseront comme ils aiment le faire, puis ils reparleront de toi. Mon secret ? S’ils me tuent, je ne les y aurai pas aidés. »


2. Le dimanche 15 mars 2009, 16:19 par Georges PopEdhy

merci d'avoir pris le temps Chrisitian, et d'avoir précisé certains points très belle citation du diz, je me rappelle bien de cette scène, comme de la fête juive, et du noir albinos qui chante le bllueeeeessss je ne sais pas si je préfère ou non Honky Tonk Man, mais si l'on parle à la fois de musique et de cinéma, ça va être dur de ne plus parler de clint